Article 7 : Les supports et les résistances graphiques.

Supports, résistances et tendances (2/3)

 

2 Le concept de résistance graphique

 

Dans la pratique, une résistance fait référence à un sommet antérieur. Lors de la construction d’un tel sommet, aucun acheteur ne souhaite acquérir le titre au-delà du prix constitué par ce niveau. Toutefois, il semble assez naïf de croire que les prix ne monteront pas plus haut que le précédent sommet parce qu’ils ne l’ont pas fait la fois précédente. C’est pourquoi il est nécessaire que la résistance soit touchée à plusieurs reprises pour être validée, la règle générale étant d’attendre trois impacts.

Je vous renvoie à l’adage du XIIIe siècle selon lequel « tierce fois, c’est droit », qui signifie qu’une action ne peut être correctement réussie que si elle est exécutée trois fois. Le paysan devait donner à ses terres un troisième labour. Quand un roturier acquérait un fief, ses descendants ne devenaient nobles qu’à la troisième génération. En escrime médiévale, une discipline que j’ai longtemps pratiqué, l’élève cesse son entraînement quand il a réussi trois coups à la suite… Le technicien attendra d’obtenir trois points pour s’autoriser le droit de tracer sur son graphique une droite horizontale passant par ces points et ainsi réduire l’aspect aléatoire du phénomène.

Une fois tracée, la droite est prolongée afin de définir dans le futur un seuil que le marché va mémoriser, et justifier ainsi le fait que l’analyse technique utilise les cours passés pour établir ses prévisions. Une résistance apparaît donc comme une sorte de barrière réfléchissante. Selon Edwards & Magee, « une résistance correspond à un niveau de prix où il existe des forces de vente suffisantes pour satisfaire tous les acheteurs et empêcher les prix d’aller plus haut pendant un certain temps » ; à son approche l’offre va absorber, neutraliser puis déborder la demande.

 

 

Figure 2.2 – Formation d’une résistance sur l’euro

 

Dans une première étape, l’euro a progressé jusqu’à 1,488$ puis est redescendu vers 1,433$, pour ensuite repartir à la hausse et rejoindre une deuxième fois le seuil des 1,488$. Prenons alors le cas de deux spéculateurs qui auraient pris des décisions d’achat à des moments différents. Le premier a acheté à proximité de 1,488$ pensant que la hausse se poursuivrait. Ses espérances n’ont pas été récompensées et il se trouve maintenant dans une situation inconfortable qui lui apporte une certaine dose de stress et d’angoisse. Sa seule obsession est de retrouver son prix d’achat. La deuxième hausse à proximité des 1,488$ lui donne l’occasion de solder ses positions et d’évacuer son stress. Quant au second spéculateur, il a acheté la devise vers 1,433$. Lorsqu’elle remonte vers 1,488$, c’est-à-dire la valeur maximale atteinte depuis un peu plus d’un mois, son biais d’ancrage l’incitera à vendre et à concrétiser sa plus-value.

Il n’est toutefois pas indispensable que les points soient positionnés au même niveau pour tracer une résistance, et l’on peut également rechercher des résistances baissières ou haussières. Ce qui compte, c’est que la droite passe au moins par trois corps de bougie, de telle sorte qu’il n’y ait aucun corps au-dessus de cette droite (les mèches n’étant pas prises en compte). On peut même affirmer que plus une résistance est testée, plus elle est significative. Cette règle veut notamment dire que lorsqu’elle sera franchie, le signal sera considéré comme particulièrement fiable.

 

 

 

Figure 2.3 – Résistance baissière sur ABB

 

Dans le cas d’ABB, le nombre relativement élevé d’impacts sur la résistance écarte l’hypo- thèse d’une simple coïncidence et renforce ainsi le caractère technique de cette barrière. De plus, en étant orientée à la baisse, cette dernière indique que les vendeurs se positionnent de plus en plus bas, faisant preuve par là d’un certain renoncement.

 

 

2.1 À quoi cela sert-il de tracer une résistance ?

 

Si l’on prend l’exemple d’une résistance horizontale, on peut considérer que ce niveau traduit la présence d’un fort consensus des intervenants. En refusant de la payer plus cher, ils estiment que l’action est correctement évaluée à ce niveau. Pendant toute la durée où les prix sont contenus par ce seuil technique, il n’y a généralement pas d’information nouvelle qui pourrait les inciter à modifier leur jugement sur la valorisation du titre. Ce n’est que lorsqu’une information survient sur le marché et qu’elle modifie positivement la perception des intervenants que la résistance pourra être franchie à la hausse. Le consensus qui prévalait jusqu’alors s’en trouve rompu.

Mais il se peut également que les cours franchissent la résistance sans qu’aucune information nouvelle ne survienne. Pour le chartiste, cela pourra vouloir dire que certains investisseurs sont en possession d’informations privilégiées. Peut-être qu’ils anticipent tout simplement de bons résultats ou de bons chiffres économiques. Mais après tout, peu importe la raison, car en dépassant une résistance, l’action montre qu’elle suscite un intérêt certain de la part des investisseurs.

 

 

Figure 2.4 – Franchissement d’une résistance sur l’EURO

 

La taille de la bougie est un élément à ne pas négliger lors du franchissement d’un seuil technique. Fin février 2009, la rupture de la résistance à 1,488$ par un grand corps blanc indique un signal d’achat franc et massif sur l’euro. Le franchissement de ce seuil par un petit corps n’aurait pas eu la même force et la même signification.

 

 

2.2 La règle de la balançoire

 

En se basant sur leur expérience et leurs observations, les chartistes ont établi une règle particulièrement simple qui leur permet de déterminer des objectifs d’achat ou de vente dès qu’un seuil technique a été franchi. Cette règle empirique est basée sur la constatation qu’il existe une relation étroite entre les fluctuations développées sous une résistance (ou sur un support) et le potentiel de hausse (ou de baisse) une fois le seuil technique franchi. Pour un signal d’achat, il suffit de reporter au point de rupture la plus grande amplitude (calculée en pourcentage) réalisée sous la résistance.

 

 

Figure 2.5 – Objectif de hausse sur l’EUR/GBP

 

Après avoir buté plusieurs années contre une résistance baissière, l’euro franchit en 2007 ce seuil technique (à 0,685£) avec un long corps blanc. Le chartiste va alors estimer le potentiel de la hausse en se servant de la règle de la balançoire. Pour cela il mesure la plus grande variation réalisée entre le premier point d’appui de la résistance et le point de rupture de celle-ci. Ce mouvement est mesuré verticalement par rapport à la résistance (+9,2%) ; cette distance est alors reportée au niveau du point de rupture, toujours verticalement, donnant ainsi une amplitude du mouvement à venir, soit dans cet exemple 0,748£ (0,685 x 1,092).

 

 

 

2.3 Le pull back

 

Après le franchissement d’une résistance, il arrive que les prix redescendent tester ce seuil technique pour ensuite repartir à la hausse jusqu’à l’objectif indiqué par la règle de la balançoire. Ce comportement des prix est suffisamment fréquent pour qu’on parle de phénomène de « pull back ». Cet effet de retour offre ainsi une occasion de profiter d’un mouvement qui n’aurait pas été mis à profit lors du signal initial.

Ce phénomène s’explique par deux comportements psychologiques : le remords du trader et la petite balançoire.

Tout d’abord, quand les prix arrivent sur une résistance, il y a des intervenants qui pensent que celle-ci va à nouveau jouer son rôle et ils ouvrent ainsi des positions vendeuses. Le franchissement de ce seuil technique les prend donc à contrepied. Dès lors, ils n’ont plus qu’une idée en tête, celle de racheter leurs positions.

A l’opposé, il y a ceux qui ont pris position à l’achat avec en tête un objectif à court terme constitué par la « petite balançoire ». A l’instar de la « grande balançoire », la « petite balançoire » consiste à identifier la plus grande amplitude apparue non pas entre le premier test de la résistance, mais entre le dernier test et le point de rupture de celle-ci ; Il suffit ensuite de reporter verticalement cette distance au niveau du point de rupture.

Une fois cet objectif atteint, les intervenants prennent leurs bénéfices, ce qui fait baisser les prix et les ramène à proximité de l’ancienne résistance devenue support. Là, tapis en embuscade, les traders malchanceux vont profiter de cette opportunité pour solder leurs positions, ce qui fait repartir les prix à la hausse, le pull back est terminé.

 

 

Figure 2.6 – Pull back sur RENAULT

 

La résistance à 24€ est franchie en janvier 1998 par un grand corps blanc. Après avoir touché 26,50€, RENAULT entame un repli en direction de l’ancienne résistance qui joue maintenant le rôle de support (principe de polarité). On remarquera que le pull back intervient après une hausse de 10% correspondant au dernier mouvement de baisse réalisé au mois de janvier 1998. Ce mouvement a lieu entre le dernier point d’appui de la résistance et la cassure de celle-ci. Le fait que les prix repartent très rapidement à la hausse sans avoir touché le support à 24€ traduit l’impatience des traders malchanceux qui se sont rués sur le titre à l’approche de leur prix de vente.

 

 

2.4 La failure

 

Il peut arriver que quelques séances après avoir franchi une résistance, et sans avoir atteint l’objectif indiqué par la règle de la balançoire, les prix retombent au-dessous de ce seuil technique. De même, la cassure d’un support peut se traduire par un échec et une réintégration de ce seuil technique par les prix. Ces phénomènes graphiques sont appelés failures par les chartistes. Ils se produisent lorsqu’une nouvelle information que le marché n’avait pas anticipée survient de façon aléatoire.

Cette information inattendue possède la caractéristique d’affecter le raisonnement et le comportement des acheteurs ou des vendeurs, au point de créer un choc de nature psychologique. L’ampleur de ce choc sera non seulement proportionnelle à la surprise causée par l’information mais également par le niveau du consensus présent avant l’apparition de la failure. On parlera donc d’une failure lorsque le consensus du marché est élevé et qu’il est brusquement modifié sous l’effet d’une surprise.

Un tel choc se caractérisera par une modification rapide et brutale de l’offre et de la demande. Cette information surprise obligera les intervenants à prendre des mesures très rapides qui auront un impact sensible sur d’autres opérateurs, lesquels seront à leur tour forcés de prendre d’autres décisions cruciales, qui en entraîneront d’autres à leur tour, selon un mécanisme semblable à une réaction en chaîne. Le diagnostic chartiste sera alors généralement l’inverse du diagnostic initial, autrement dit une accélération baissière au lieu de l’accélération haussière escomptée dans le cas où une résistance avait été franchie.

 

 

Figure 2.7 – Failure sur France TELECOM en 2002

 

Après une fluctuation entre un support à 8€ et une résistance à 10,2€, les investisseurs choisissent de faire prendre à France TELECOM une orientation haussière. Le titre franchit la résistance avec un grand corps blanc. Mais la publication d’une information négative fait apparaître un harami dès le lendemain (cf. chapitre 1). Cette modification du sentiment des investisseurs se solde très rapidement par une réintégration du seuil technique de 10,2€ et par une brutale retombée sur le support à 8€. La rupture de ce dernier niveau par un long corps noir suggère une poursuite de la baisse dont l’ampleur sera déterminée avec la règle de la balançoire.

 

 

 3. Le support

 

Le support est l’antithèse de la résistance et sa formation fait appel aux mêmes mécanismes que ceux d’une résistance. Autrement dit, si une résistance fait penser à un plafond que les cours ne réussissent pas à franchir pendant un certain temps, un support sera assimilé à un plan- cher que les cours ne parviendront pas à enfoncer pendant une certaine période. C’est ainsi que plus on s’approche d’un support, plus la demande devient importante, tandis que l’offre décroît. Au-dessous d’un niveau de support, aucun investisseur ne désire vendre le titre.

Comme dans le cas d’une résistance, il est également possible d’estimer l’amplitude théorique du mouvement de baisse après la rupture d’un support clairement identifié. C’est ainsi que la règle de la balançoire indique que les prix doivent tomber d’une hauteur identique à l’amplitude la plus grande apparue au-dessus du support. Attention, cette règle don- ne une idée de l’objectif minimum auquel il faut s’attendre, le mouvement de baisse final pouvant être beaucoup plus important.

 

 

Figure 2.8 – Rupture d’un support sur Le DJ Eurostoxx Financial

 

Par analogie avec la résistance, le potentiel de baisse lors de la rupture d’un support est intimement lié à l’amplitude de la hausse réalisée au-dessus de ce seuil technique. Ainsi, après avoir rebondi trois fois sur le niveau des 362 points et validé le tracé d’un support horizontal, l’indice Eurostoxx du secteur financier enfonce ce seuil ; c’est alors l’amplitude la plus grande (en pourcentage) apparue au-dessus du support, soit 15,5%, qui est reportée à la baisse à partir du point de rupture pour obtenir l’objectif de baisse, soit 306€ (362€ – 15,5%).

 

 

Il n’est pas non plus interdit de tracer des supports haussiers, pourvu qu’ils passent au moins par trois points et qu’ils contiennent tous les corps de bougies. Tout comme une résistance, plus un support est testé, plus il est significatif.

 

Figure 2.9 – Pull back après La rupture d’un support sur 3M

 

Pendant près de deux années, 3M Company s’est maintenu au-dessus d’un support légèrement haussier. Puis en octobre 2007, le titre a enfoncé ce seuil technique et a validé un premier objectif de baisse avant de retracer une partie de ce mouvement sous la forme d’un pull back. Une fois cette vague corrective achevée, le titre a repris le chemin de la baisse pour atteindre l’objectif de la grande balançoire à 66$.

 

 

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