Article 5: Quelle unité de temps adopter (4/4)

Les bons graphiques font les bons analystes chartistes (4/4)

Puisqu’une série chronologique est constituée d’un ensemble de mesures prises à intervalles réguliers, il est possible de paramétrer la fréquence des prix selon l’usage que l’on veut en faire. Avant de pouvoir commencer à analyser un graphique, il reste donc une dernière étape essentielle qui consiste à déterminer l’horizon de sa prévision afin d’utiliser l’échelle d’observation adéquate.

Si le 8 juin 2004, le passage de la planète Vénus devant le Soleil était annoncé de longue date et même à la seconde près, tous les systèmes ne sont pas aussi facilement prévisibles que le mouvement des planètes. Pour se moquer des chartistes, on les compare volontiers aux météorologues dont les prévisions seraient démenties une fois sur deux. Cette comparaison n’est pas sans fondement puisque les fluctuations boursières et l’évolution du temps sont des systèmes caractérisés par une forte instabilité et donc une difficulté à être anticipés.

C’est pourquoi un chartiste, du moins celui doté d’honnêteté intellectuelle, ne fera jamais croire qu’il peut prédire la date exacte d’une convulsion boursière. Ça ne marche pas. Il sait également qu’il est impossible de prédire l’évolution d’un prix à long terme, qu’il doit accepter l’idée qu’il y a de l’incertitude dans les fluctuations boursières et que le cours des actions n’est pas déterminé à l’avance. Par contre, il est possible de prévoir sur un horizon de temps beaucoup plus court, puis de s’adapter à temps à la conjoncture pour tirer profit des nouveaux trends qui pourraient apparaître.

C’est ce que fait le météorologue. Si une grande masse d’air descend de l’atmosphère, se stabilise avec une pression atmosphérique qui s’élève, l’ingénieur de Météo Suisse constate qu’un anticyclone est en train de se mettre en place. Il sait que ce phénomène de compression va élever la température de l’air et que les nuages vont s’évaporer. Si cela se produit en été, il peut alors prévoir une période de temps chaud et sec pendant un certain temps. Il en est de même pour la prévision chartiste : si le sentiment de marché est particulièrement négatif, si la pression vendeuse est en train de laisser la place à une pression acheteuse, si les indicateurs techniques sont survendus, si les oscillations des prix s’amortissent, alors tous les éléments seront réunis pour l’émergence d’une tendance haussière.

Cette constatation soulève le rôle du hasard dans les mouvements boursiers et son impact dans la réussite des prévisions. La difficulté réside dans le fait que la prévision possède une échéance. Entre-temps, il est très possible que des événements surviennent et invalident le scénario initial, d’autant que plus l’échéance de la prévision est éloignée, plus la chronologie des phénomènes est floue ; dès lors, la probabilité de réussite de la prévision s’affaiblit.

3.1 La Bourse, un phénomène chaotique

 

S’il est indéniable que le hasard joue un rôle, il n’est pas le seul acteur à intervenir dans le processus de formation des cours. La Bourse est faite par des hommes dotés notamment de mémoire, et ses fluctuations résultent d’un subtil mélange de psychologie humaine et de pensée rationnelle. Pour paraphraser une citation célèbre, on ne peut pas dire que les investisseurs et les spéculateurs jouent aux dés sur les marchés financiers ! Pour autant l’influence du hasard existe et les fluctuations boursières ne pourront jamais revêtir les caractéristiques d’un phénomène déterministe, c’est-à-dire parfaitement prévisible comme peut l’être la position d’une planète.

Les scientifiques assimilent les phénomènes boursiers à des systèmes chaotiques déterministes dont les évolutions, si elles suivent des mouvements complexes et difficiles à appréhender, n’en sont pas moins à un certain degré prévisibles, à l’instar de la météorologie. En effet, la particularité d’un système chaotique déterministe est d’être prédictible, mais seulement pendant un certain temps, que l’on appelle horizon de prédictibilité lequel est caractéristique du système.

Au-delà de cet horizon temporel, aucune prédiction n’est possible : prévoir le temps qu’il fera sur la semaine est relativement facile pour les ingénieurs de Météo Suisse, mais déterminer le temps qu’il fera dans 3 ou 4 semaines est un exercice beaucoup plus hasardeux. Ce qui n’empêche pas certaines régularités : après la pluie le beau temps ; temps froid et humide en hiver, chaud et plus sec en été (du moins dans l’hémisphère Nord), périodes de glaciation alternant avec périodes de réchauffement climatique, etc…

De tels systèmes, auxquels l’évolution des prix des marchés financiers participe, se trouvent à mi-chemin entre les systèmes déterministes, tels que le mouvement de la Terre et de la Lune, et les systèmes totalement régis par les lois du hasard tels que le jeu de pile ou face.

 

 

 

 

Figure 1.17 –  Les trois états fondamentaux d’un système

 

 

3.2 L’horizon des prévisions boursières

 

En plus d’être des phénomènes chaotiques, les fluctuations des prix sur les marchés boursiers possèdent également une structure fractale. Si je vous présente un graphique dont les axes auraient été cachés, vous ne pourrez absolument pas deviner l’unité de temps que j’aurai choisie pour le construire : les mouvements des prix, avec leurs tendances haussières ou baissières, leurs mouvements de consolidation, leurs figures de retournement, présentent la propriété de garder la même apparence lorsqu’on change l’échelle de temps avec laquelle on les examine. D’un point de vue opérationnel, cette invariance graphique d’échelle signifie que les règles et les méthodes de l’analyse technique sont valables quelle que soit l’unité de temps du graphique. Cela veut également dire que les intervenants des marchés, qu’ils soient spéculateurs ou investisseurs, se comportent de la même manière, peu importe leur horizon d’investissement.

C’est notamment cette propriété qui fait la force des outils techniques par rapport à ceux de l’analyse fondamentale dans la mesure où la prévision peut se faire aussi bien à court terme qu’à long terme. Il suffit pour cela d’adapter l’unité de temps du graphique à son horizon de gestion.

Si l’on emploie très souvent les expressions « court terme », « moyen terme » ou « long terme » pour indiquer l’échéance d’une prévision boursière, leur signification recouvre un aspect trop général, trop vague et prête trop souvent à confusion. Une prévision boursière doit s’accompagner de davantage de précision concernant l’horizon de temps sur lequel elle porte.

L’horizon d’une prévision boursière, ou même économique, dépend avant tout de la fréquence d’obtention des données utilisées. Il faut donc dans un premier temps déterminer la durée du mouvement que l’on souhaite appréhender. Veut-on acheter un titre pour le garder plusieurs mois, pour quelques semaines, quelques jours ou pour le revendre avant la clôture de la séance ? Pour mesurer le degré de prévisibilité, j’utilise des méthodes telles que l’analyse spectrale, technique que je n’aborderai pas en détail. Mon intention étant d’adopter une démarche pédagogique, intelligible, au plus près de considérations pratiques, je me contenterai d’en donner quelques conclusions et de la schématiser en disant que l’objectif de cette méthode est de mesurer la durée moyenne des tendances, pour chaque fréquence de temps.

Si je veux traquer les tendances qui se développent sur deux heures, je dois avoir les yeux rivés toute la journée sur des graphiques construits avec des données fréquentielles de 5 minutes, alors que j’utiliserai un graphique quotidien pour un horizon de 9 à 10 jours. Entre ces deux échelles, le graphique horaire sera particulièrement adapté pour une fenêtre de prévision à deux jours et si je souhaite investir sur 5 ou 6 semaines, je basculerai sur une échelle hebdomadaire. Ce principe de calcul peut également s’étendre aux prévisions économiques. Dans la mesure où les économistes se servent de statistiques mensuelles (chiffres de l’emploi rendus publics aux Etats-Unis chaque premier vendredi du mois, ventes au détail publiées la deuxième semaine de chaque mois…) la portée de leurs prévisions ne peut raisonnablement aller au-delà du semestre. Le constat est identique pour un gestionnaire de portefeuille qui surveille l’évolution des révisions de bénéfices, lesquelles sont généralement actualisées avec une fréquence mensuelle.

 

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