Article 25 : Les figures à oscillations stationnaires : rectangles, doubles sommets et doubles creux.

Le langage des figures chartistes (3/4)

 

 

2 Les figures stationnaires

 

Dans le cas où les oscillations des prix sont stationnaires (ou persistantes), c’est-à-dire quand il est possible de les enfermer intégralement entre un support et une résistance, tous les deux horizontaux, on obtient une figure en rectangle. Comme dans le cas des oscillations convergentes, il y a un phénomène de toile d’araignée, mais dans ce cas précis, les courbes de demande et d’offre ont toutes les deux la même pente.

 

Figure 7.15 – Cobweb à oscillations stationnaires

 

En partant d’une offre V0 , j’applique sur les prix et les quantités le même raisonnement que dans le cas de la figure 7.1. Mais dans la mesure où la pente de la courbe de la demande est identique à celle de l’offre (en valeur absolue), il n’y a pas de convergence possible vers un niveau d’équilibre. Le marché revient donc toujours aux mêmes coordonnées (V0 ; P0 ) et (V1 ; P1 ), ce qui se traduit sur la série chronologique des prix par des oscillations régulières, faisant apparaître une figure chartiste en forme de rectangle. Le système oscillera autour du niveau d’équilibre jusqu’à ce qu’il subisse un choc entraînant une sortie du rectangle.

 

 

 

 

2.1 Les rectangles

 

Pour que l’on puisse parler justement de rectangle, cette figure chartiste doit passer par au moins six points de contact : trois pour le support et trois autres pour la résistance. Bien entendu, plus la fréquence des oscillations sera grande, plus la figure sera significative. Dans la mesure où les rectangles traduisent le plus souvent des comportements de prises de bénéfices, sans que la tendance initiale soit remise en cause, le volume des transactions aura une certaine propension à se contracter au cours de la formation de cette figure. Mais si la contraction des volumes est un sérieux indice de consolidation, le plus important réside dans le rapport de force entre les acheteurs et les vendeurs au sein de cette consolidation. C’est ainsi qu’une orientation haussière de l’OBV pendant le déroulement d’un rectangle témoigne d’un rapport de force favorable aux acheteurs. Cette configuration graphique renforce la crédibilité d’un scénario de sortie par le haut du rectangle. Inversement, la probabilité d’une sortie par le bas sera importante dans le cas où l’OBV s’orienterait à la baisse pendant le développement du rectangle. S’il n’est pas possible d’identifier une tendance claire sur l’OBV, il conviendra d’attendre la sortie effective du rectangle.

 

 

Figure 7.16 – LVMH 2002

 

Du mois de novembre 2001 à février 2002, les fluctuations de LVMH sont contenues entre deux droites horizontales. Ce n’est toutefois pas le cas de l’OBV qui progresse à la hausse et gagne sur la période un peu plus de 12% ; dans la mesure où la pression acheteuse reste supérieure à la pression vendeuse, on peut envisager et anticiper une sortie haussière du rectangle. En reportant la largeur de cette figure au point de sortie, le chartiste peut calculer le potentiel de hausse minimale qui fait suite au signal d’achat.

 

 

La règle qui consiste à mesurer la base d’une figure chartiste pour la reporter au point de sortie de celle-ci permet de déterminer un objectif minimum, ce qui n’exclut pas que les prix aillent au-delà. Dans la littérature spécialisée, les auteurs font souvent remarquer que plus la période de consolidation est longue, plus l’amplitude du mouvement à venir est importante. Je ferai également remarquer que les utilisateurs de la méthode du Point & Figure, popularisée en 1933 par Victor de Villiers dans son livre The Point and Figure Method of Anticipating Stock Price Movements, ont mis au point une règle appelée « décompte horizontal ». L’objectif de hausse ou de baisse est alors proportionnel au nombre de colonnes formant la zone de congestion.

Si cette règle n’est pas applicable telle quelle sur des séries chronologiques, il n’est pas interdit de contourner le problème. Comment apprécier la durée d’une phase de consolidation autrement qu’en la comparant à la durée de la tendance haussière ou baissière qui a précédé ? L’idée est de pondérer l’objectif du rectangle par le ratio obtenu en calculant le rapport entre la durée de formation du rectangle et celle de la tendance précédente. Au lieu de reporter verticalement la base du rectangle au point de sortie, je reporte la base multipliée par le coefficient obtenu.

 

 

Figure 7.17 – EXXON 2002

 

En pondérant l’objectif de la balançoire par le rapport entre la durée de la vague de baisse qui a précédé la formation du rectangle et la durée de ce même rectangle, j’obtiens un objectif plus important. La durée de la vague de baisse étant de 25 jours contre 48 jours pour la durée du rectangle, le coefficient de pondération ressort à 1,76. Le nouveau potentiel de baisse d’EXXON se situe ainsi à 34,9$ .

 

 

Si les rectangles sont habituellement classés dans la catégorie des figures de continuation de tendance, il n’est pas rare de les apercevoir également en fin de cycle haussier ou baissier. La différence entre un rectangle de consolidation et un rectangle de retournement de tendance se situe au niveau de l’évolution des volumes de transactions. J’ai eu l’occasion de le rappeler à plusieurs reprises, dans une phase de consolidation, les volumes décroissent tendanciellement. Un tel comportement traduit de simples prises de bénéfices de la part d’investisseurs qui ont pris position au cours du mouvement précédent. Dans ce scénario, il y a absence de pression vendeuse si la tendance initiale était haussière, et absence de pression acheteuse dans le cas où le rectangle s’inscrit dans une dynamique baissière.

Dans le premier cas, l’élasticité de l’offre est faible, tandis que celle de la demande est forte : les vendeurs ne sont guère enclins à profiter d’une hausse des prix pour se dessaisir de leurs titres, tandis que les acheteurs profitent de la moindre correction pour accumuler des positions. Dans le second cas, c’est l’inverse. Autrement dit, l’élasticité de l’offre est supérieure à celle de la demande : les quantités demandées sont plus faibles quand les prix s’approchent du support du rectangle, tandis qu’à l’approche de la borne haute, l’offre est plus importante.

Dans un rectangle de retournement de tendance, il en va différemment. S’il s’agit d’une phase de distribution, les volumes sont généralement très élevés car les nouveaux entrants doivent pouvoir absorber une bonne partie des engagements accumulés lors de la hausse précédente. Si la dynamique haussière se poursuit malgré ce phénomène, cela indique que les acheteurs ont non seulement pu absorber tous les volumes vendeurs mais qu’en plus, ils sont capables de relancer la dynamique haussière. Je soulignerai que l’on parle souvent de « triple tops » pour désigner des rectangles de distribution constitués par trois pics successifs, et de « triple bottoms » dans le cas de rectangle d’accumulation constitués par trois rebonds sur le support.

 

Figure 7.18 – TRANSOCEAN 2003

 

L’utilisation d’un outil statistique tel que la droite de régression linéaire, est particulièrement efficace pour déterminer l’évolution tendancielle des volumes au sein d’une formation chartiste. Dans l’exemple du titre Transocean, les volumes sont orientés à la baisse pendant la reprise technique qui a lieu entre octobre 2001 et juillet 2002, ce qui permet d’analyser ce mouvement de hausse comme une consolidation. A partir d’octobre 2002, le titre évolue à l’intérieur d’un rectangle ; l’augmentation tendancielle des volumes de transactions milite pour un rectangle d’accumulation, d’autant que dans le même temps l’OBV a progressé de 65 millions de titres. Quelque temps après la sortie du rectangle, le titre subit des prises de bénéfices en forme de triangle symétrique ; la baisse des volumes permet d’identifier ce mouvement comme un pull back sur le rectangle, ce qui ne met pas en danger la récente dynamique haussière.

 

 

 

Figure 7.19 – TARGET 2002

 

Qu’importe de savoir si un rectangle doit être classé ou non comme une figure de consolidation. L’essentiel est d’analyser le ratio entre la pression acheteuse et la pression vendeuse au cours de cette formation chartiste ; le reste n’est que querelle byzantine. C’est la courbe du ratio qui indique si les prix monteront ou descendront. Dans l’exemple du titre américain Target, l’orientation baissière de l’OBV à partir du mois de mai 2002 indique que le rapport de force est devenu favorable aux vendeurs, ce qui permet dans ce cas d’identifier le rectangle comme une figure de distribution. Le report de la base du rectangle à l’endroit de la rupture du support permet de définir l’objectif de baisse minimal.

 

 

2.2 Doubles creux et doubles sommets

 

Le double creux est l’une des configurations graphiques les plus connues, notamment parce qu’elle est également employée par les économistes pour décrire une forme particulière de récession économique. Celle-ci se caractérise par une première chute du produit intérieur brut (PIB), puis par une reprise qui échoue et qui s’enchaîne par une nouvelle baisse du PIB. Cette rechute de l’activité économique a pour caractéristique de retracer l’intégralité de la reprise, avant de rebondir une deuxième fois et de repartir durablement à la hausse, prenant ainsi la forme d’une courbe en W. Une récession en double creux (double dip recession) a eu lieu aux Etats-Unis en 1937. Alors que le pays se relevait difficilement de la crise des années trente et commençait à renouer avec la croissance, la FED s’est mise à augmenter sensiblement ses taux d’intérêt par peur d’un retour de l’inflation. Ce comportement a provoqué une rechute du produit intérieur brut de près de 3,5%. Pour les chartistes, le double creux est typiquement et exclusivement une figure de retournement, qu’ils tenteront de repérer en fin de tendance baissière. C’est une figure qui ne connaît que deux oscillations stationnaires.

 

 

Figure 7.20 – COMMERZBANK 2003

 

Il ne suffit pas de deux points bas successifs pour parler d’un double creux. Encore faut-il que les volumes soient conformes à la logique chartiste. Entre octobre 2002 et mars 2003, le titre Commerzbank rebondit deux fois sur le niveau des 5,3€. Le redressement de l’OBV au cours de cette période traduit l’inversion du rapport entre la pression vendeuse et la pression acheteuse. Cette condition est nécessaire pour anticiper le franchissement de la ligne de cou du double creux. Lorsque le signal est effectif, le report de la hauteur du double creux au point de rupture de la ligne de cou permet de calculer l’objectif de hausse minimal. Dans cet exemple, la hauteur est de +75%, qui une fois reportée au point de sortie donne un objectif de hausse à 16,60€.

 

 

 

Le double sommet (ou figure en M) est la configuration inverse du double creux, c’est donc le signe précurseur d’un renversement de la tendance haussière. Il sera susceptible de prendre place pendant les phases de transition entre un bull market et un bear market (phase de distribution). Cette figure se reconnaît non seulement par ses deux sommets qui se développent l’un après l’autre, mais également par l’évolution caractéristique des volumes de transactions (cf. figure 7.21).

 

 

Figure 7.21 – ALCOA 1987

 

Plusieurs semaines avant le krach boursier de 1987, alors que j’effectuais un stage chez un agent de change lyonnais, un des gérants de portefeuilles, féru de chartisme, me fit remarquer que de nombreux titres américains développaient des figures de distribution. Je me souviens notamment du titre Alcoa sur lequel il me montra la formation d’un double sommet en pointant du doigt la diminution des volumes qui accompagnait la formation du deuxième sommet. Cette hausse des prix ne résultant pas d’une augmentation de la demande, il s’attendait à ce que le titre subisse une correction.

 

 

 

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