Article 23 : Le fonctionnement du modèle du Cobweb

Le langage des figures chartistes (1/4)

 

 

Repérer sur un graphique boursier la présence de formes géométriques relève de l’un des plus anciens procédés utilisés par l’analyse technique pour se faire une idée de ce que pourrait être l’évolution future du marché. C’est même le point de départ obligé de toute prévision chartiste digne de ce nom. Or ce type d’analyse est souvent critiqué quand il n’est pas purement tourné en dérision, identifié comme un simple élément du folklore boursier. Mais pour critiquer une méthode, il faut la connaître intimement ; ce qui ne veut pas seulement dire la pratiquer soi-même, mais encore se hasarder à en rechercher et à en comprendre les soubassements théoriques. Depuis vingt ans que je suis dans le métier, je n’ai guère rencontré de personnes ayant compris les fondements théoriques des figures chartistes et capables d’expliquer de manière intelligible les modèles que je vais vous présenter dans les pages qui suivent, et qui, notons-le, relèvent du programme de première année d’université en sciences économiques !

N’en déplaise aux nombreux détracteurs des figures chartistes, lire un graphique pour en repérer des formes répondant à des critères très précis, ce n’est pas lire dans une boule de cristal ou dans du marc de café. Interpréter un graphique, c’est avant tout comprendre l’état psychologique du marché à un moment donné. Car les figures chartistes ne sont pas autre chose que la manifestation graphique des modifications de comportement des acheteurs et des vendeurs. Leur formation n’est pas due au hasard, elle résulte des interactions entre l’offre et la demande, de leur pente et de leur élasticité respective. Comme je le montrerai un peu plus loin, c’est le principe du « Cobweb », selon lequel l’offre et la demande ne s’équilibrent pas de manière instantanée mais avec retard, qui sert de fondement à l’apparition de ces formes graphiques.

Ces figures ont été observées par de nombreux praticiens depuis le début du XXe siècle. Elles sont habituellement classées en deux catégories : les figures de retournement de tendance et celles de continuation de tendance. Les premières traduisent des phases d’hésitation qui reflètent une modification du sentiment des investisseurs à l’égard du marché, ce qui a pour effet d’inverser le rapport entre la pression acheteuse et la pression vendeuse au cours d’un processus qui peut être plus ou moins rapide. Quant aux figures de continuation, comme leur appellation l’indique, elles mettent en évidence les phases pendant lesquelles le marché marque un temps d’arrêt avant de repartir dans le sens de la tendance initiale. Je proposerai ici une nouvelle classification, plus pertinente, selon que les oscillations de ces figures sont convergentes, stationnaires ou divergentes.

Il va sans dire, mais peut-être cela va-t-il mieux en le disant, que toutes les figures doivent être analysées avec le volume des transactions et notamment avec des indicateurs du type OBV. Comme je l’ai montré dans les deux précédents chapitres, il serait absurde et totalement contreproductif d’essayer de repérer sur les graphiques des formes caractéristiques sans l’aide des volumes échangés. Les observations des pionniers de la reconnaissance des figures chartistes que furent Richard Schabacker (1902 – 1938), son neveu, Robert Edwards, et John Magee, ont permis de mettre à jour deux règles particulièrement simples qui nous serviront de point de départ dans l’identification de toutes ces figures. Tout d’abord, le volume doit diminuer dans les périodes de consolidation. Ensuite, à la sortie d’une figure (qu’elle soit de consolidation ou de retournement), le volume doit augmenter. Une figure qui ne respecterait pas ces deux règles ne devrait pas être prise en compte, et ne devrait pas être utilisée pour établir des projections de prix.

Une fois qu’il a repéré sur un graphique une de ces configurations chartistes, le technicien s’attachera à analyser l’évolution du rapport de force ayant opposé les acheteurs et les vendeurs tout au long de son développement. Cette étape indispensable lui permettra d’anticiper le sens le plus probable de la sortie. Dans un troisième temps, le technicien utilisera une caractéristique particulièrement intéressante de ces figures chartistes, celle constituée par leur capacité à donner un objectif de hausse ou de baisse, une fois le signal lancé.

 

 

1 Les figures convergentes

 

Pour comprendre la formation de ces figures chartistes, il est nécessaire de passer par le modèle du Cobweb, développé par des économistes dans les années trente afin de modéliser l’équilibre des marchés. Dans ce modèle, l’offre et la demande ne sont pas simultanées car il existe des délais de réaction qui rendent impossible l’ajustement immédiat entre ces deux variables. Par exemple, si les acheteurs se positionnent en fonction des prix d’aujourd’hui, les vendeurs peuvent prendre leur décision en se basant sur ceux de la veille. Le comportement inverse dans lequel c’est la demande qui dépend du prix de la période précédente tandis que les vendeurs se déterminent en fonction de la période courante, peut également se concevoir. Dans les deux cas, si la pente de la demande est inférieure à celle de l’offre, le modèle du Cobweb aboutit à des oscillations de prix qui convergent vers un prix d’équilibre et qui font apparaître des figures chartistes en forme de triangles : triangles symétriques, triangles ascendants ou descendants, triangles diagonaux haussiers ou baissiers.

 

 

1.1 Le fonctionnement du modèle du Cobweb

 

Afin de comprendre la logique économique et comportementale qui sous-tend la formation des triangles, je propose de décrire ci-après, la version du Cobweb constituée par les hypothèses suivantes : les courbes d’offre et de demande sont représentées par des droites ; la pente de la courbe de demande est inférieure à celle de l’offre (en valeur absolue), autrement dit, l’élasticité de la demande est plus grande que celle de l’offre. Enfin, la dynamique est amorcée par les vendeurs qui, comme je l’ai indiqué dans le chapitre 5, opèrent sur une courbe d’offre, avec toutefois une différence notable, c’est que cette dernière fonctionne avec un décalage de temps dû à l’existence d’un délai de réaction. Ce mécanisme se traduit par le fait que les vendeurs prennent leur décision en se basant sur le prix constaté lors de la séance de Bourse précédente.

 

 

Figure 7.1 – Cobweb à oscillations convergentes

 

Sur le graphique ci-dessous, le marché part d’un niveau d’offre V0 qui est entièrement absorbé par les acheteurs au prix P0 déterminé par la fonction de demande. Le lendemain (ou la séance de Bourse suivante), les investisseurs mettent en vente une quantité de titres V1 qui correspond au prix P0 sur leur courbe d’offre. Cette offre excédentaire fait alors baisser le prix à P1. Le surlendemain, les vendeurs réagissent en ajustant à la baisse les quantités de titres V2 qu’ils désirent vendre. Cette nouvelle offre trouve une contrepartie au prix P2 et ainsi de suite jusqu’à ce qu’un prix (PE ) et un volume d’équilibre (VE ) soient atteints.

Dans le graphique ci-après (figure 7.2), alors que le premier diagramme montre le cheminement qu’emprunte le marché pour parvenir à une situation d’équilibre, le deuxième et le troisième diagrammes décrivent le comportement dans le temps des prix et des volumes dont les coordonnées coïncident avec chaque étape du diagramme du Cobweb.

 

 

Figure 7.2 – Cobweb initié par les vendeurs

 

On s’aperçoit que si pendant la formation du triangle, les volumes sont tendanciellement orientés à la baisse, ce qui correspond bien à ce que l’on peut constater dans la pratique, une analyse plus fine indique que les volumes baissiers sont toutefois plus élevés que les volumes haussiers. Cette situation s’explique par le fait que l’angle des pentes dépend du comportement des investisseurs. Dans notre cas, l’offre est plus élastique que la demande, autrement dit, les vendeurs réagissent plus fortement à une variation des prix que les acheteurs. Une hausse des prix les incitera davantage à vendre des titres qu’une baisse des prix n’incitera les acheteurs à en acquérir.

 

 

Il existe un deuxième cas où le marché produit des oscillations convergentes. Il suffit d’inverser la deuxième et la troisième hypothèses posées dans le cas précédent, c’est-à-dire lorsque la dynamique est amorcée par les acheteurs et que l’angle de la pente de la demande est supérieur à celui de l’offre. En partant d’une demande excédentaire plutôt que d’une offre excédentaire, le raisonnement permettant de comprendre le retour vers l’équilibre est de même type (cf. figure 7.3).

 

Figure 7.3 – Cobweb initié par les acheteurs

 

Dans le cas où les acheteurs prennent leur décision à partir des prix de la séance précédente, et si la pente de la demande est supérieure à celle de l’offre, le mécanisme du Cobweb aboutit lors de la formation du triangle à des volumes haussiers plus élevés que les volumes baissiers. On comprend ainsi que cette situation se traduise par un OBV orienté à la hausse, ce qui permet en toute logique chartiste d’anticiper une sortie par le haut du triangle.

 

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