Article 14 : Le carnet d’ordre

L’indispensable volume d’échanges (3/4)

 

2 Le carnet d’ordres

 

Une fois le retraitement des volumes réalisé, je peux passer en toute sérénité à l’analyse proprement dite, et là tout commence avec l’observation du carnet d’ordres.

La première idée qui vient à l’esprit pour estimer le rapport de force qui existe à un moment donné entre les acheteurs et les vendeurs, commande en effet de consulter la structure du carnet d’ordres. Celui-ci consiste en un recensement des ordres d’achat et de vente (à cours limité) en attente dans le système de cotation. Dès qu’un ordre est exécuté, il disparaît du marché et il faut attendre qu’un autre ordre puisse satisfaire les conditions de prix proposées par le marché pour qu’il y ait une nouvelle transaction.

En attendant qu’un tel ordre survienne, les ordres non exécutés sont mis en réserve dans le fameux carnet d’ordres, ce qui permet notamment d’évaluer la profondeur du marché, c’est-à-dire de consulter les ordres en présence au-delà des meilleures limites. Dans sa forme la plus rudimentaire, il permet de visualiser les cinq meilleures offres et demandes à cours limité présentes sur le marché à un instant donné.

 

Figure 4.11 – Carnet d’ordres sur Harmony Gold à 11h10

 

 

 

2.1 La lecture du carnet

 

Du côté des acheteurs, la meilleure limite est à 10,38€, ce qui signifie qu’aucun ordre d’achat n’est supérieur à ce niveau. Si vous souhaitez vendre des titres Harmony (cf. figure 4.11), vous ne pourrez donc pas le faire à moins de 10,38€ et pour une quantité maximale de 80 titres. Du côté des vendeurs, aucun d’entre eux ne souhaite se débarrasser de ses titres pour moins de 10,44€. Pour en acheter à cet instant précis, il faudra donc accepter de payer au moins 10,44€ pour 1 800 titres. La meilleure demande est celle dont le prix est le plus élevé, tandis que la meilleure offre est celle au prix le plus bas. Le spread entre ces deux meilleures limites constitue la fourchette de cours (cf. bid et ask). Si vous souhaitez vendre  immédiatement  300  titres  Harmony  Gold,  sans « mégoter » sur le prix, vous serez contraint de les céder à 10,38€ pour 80 titres, 10,36€ pour 120 et 10,35€ pour le solde, soit un prix moyen pondéré de 10,362€.

En calculant le ratio entre les quantités demandées et les quantités offertes, j’obtiens une photographie à l’instant t du rapport de force entre les acheteurs et les vendeurs. En reprenant l’exemple d’Harmony Gold, 1 940 titres sont demandés à 11h10, contre 9 775 offerts à la vente (cf. figure 4.11). Avec un ratio acheteurs contre vendeurs de 0,20, l’avantage est donc aux vendeurs. J’attendrai que les ordres de vente soient absorbés pour ouvrir des positions acheteuses. A 17h18, le rapport de force s’est inversé et 4 804 titres Harmony Gold sont demandés contre seulement 1 811 offerts à la vente (cf. figure 4.12). Avec un ratio de 2,65, le timing est redevenu favorable aux achats.

 

Figure 4.12 – Carnet d’ordres sur Harmony Gold à 17h18

 

 

2.2 Le déséquilibre des ordres de Bourse

 

De nombreuses études statistiques montrent que l’évolution du déséquilibre des ordres est une variable particulièrement utile dans la prévision de l’évolution future des prix, mais comme la situation des ordres dans le carnet se modifie très vite, ce type d’analyse en temps réel est surtout utilisé dans les salles de marchés par les day-traders qui réa- lisent des allers et retours sur un horizon de temps très court.

D’un point de vue pratique et à des fins de gestion à plus long terme, le déséquilibre des ordres sera appréhendé par l’historique du ratio entre les quantités demandées et les quantités offertes, et dont l’évolution sera comparée à celle des prix.

 

 

Figure 4.13 – L’exemple de RENAULT

 

Pendant la première quinzaine du mois d’avril 2009, le déséquilibre des ordres de Bourse était favorable aux acheteurs (le ratio est passé de 2 à 9 contre 1), et le titre a pu gagner 22%. Dans la deuxième partie du mois, la chute du ratio s’est logiquement accompagnée d’une baisse des prix. Dans la première quinzaine de mai, le ratio et les prix sont repartis ensemble à la hausse ; ces derniers ont gagné 25% tandis que dans le même temps, le ratio est passé à nouveau de 2 à 9 contre 1. A partir de la mi-juin, la tendance s’est inversée et les quantités offertes ont commencé à prendre le dessus, entraînant une baisse des prix de l’ordre de 15%. Début juillet, le ratio s’est stabilisé autour de l’unité (autant de quantités demandées que de quantités offertes) : le technicien attendra que le ratio reparte à la hausse avant d’acheter des actions Renault.

 

Source : Jérôme Boumengel

 

 

2.3 Les limites du carnet

 

Dans la mesure où un opérateur a toujours la faculté de cacher ses ordres pour éviter justement de divulguer le déséquilibre qu’il pourrait créer dans le carnet, et alerter ainsi les autres investisseurs sur ses intentions, la lecture du carnet a une portée limitée. D’autant que n’apparaissent dans le carnet d’ordres que les ordres à cours limité et non à seuil de déclenchement. Le carnet peut également être soumis à des manipulations de la part d’opérateurs peu scrupuleux qui n’hésiteront pas à déguiser leurs ordres.

Nous avons tous entendu parler ou pu observer la manipulation qui consiste à passer des « faux » ordres d’achat (ou de vente) un peu avant le début de séance. En voulant faire croire que ces titres sont recherchés, les manipulateurs espèrent entraîner les autres intervenants à offrir un prix supérieur au leur, afin de décaler à la hausse le cours des actions. C’est bien entendu du bluff car ces petits malins ont déjà les titres en portefeuille ; ils vont donc, quelques secondes avant l’ouverture de la séance, annuler l’intégralité de leurs ordres fictifs et si le mouvement de hausse recherché se produit, ils en profiteront pour prendre leur bénéfice sur les titres achetés auparavant.

 

 

Figure 4.14 – Un exemple de La technique de L’épouvantail

 

Voici un exemple de la technique de « l’épouvantail » détectée lors de la séance du 7 août 2008 sur CIMENTS FRANÇAIS. Quelques minutes après l’ouverture, un ordre de vente portant sur 500 titres au prix de 90,99€ apparaît dans le carnet. Il incite les vendeurs positionnés au-dessus de ce niveau à modifier leur limite et à la décaler un peu au-dessous des 90,99€. Vers 10h30, il n’y a plus aucune offre au-dessus de 90,99€. C’est à ce moment précis que le manipulateur retire de la vente ses 500 titres, se positionne dans l’autre sens et rafle toutes les positions vendeuses au-dessous de 90,99€. Comme il n’y a plus aucune ligne vendeuse dans le carnet de CIMENTS FRANÇAIS, la pression acheteuse provoque un violent décalage à la hausse ; avec un effet immédiat, celui d’activer tous les stops à seuil de déclenchement positionnés au-dessus de 90,99€. Le cours de Bourse est ainsi monté jusqu’à 96,70€, le niveau que le manipulateur a choisi pour revendre ses positions et encaisser un joli petit bénéfice en un minimum de temps et comme toujours, au détriment des inconditionnels des ordres stops.

 

 

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