Alors que les actions américaines enchainent les records depuis 2016, il est étonnant de constater que sur cette période, le niveau de l’épargne des ménages américains n’a guère varié. Il est en effet passé de 1075 milliards de dollars en janvier 2016 à 990 milliards en mai dernier, alors que dans le même temps, l’indice SP500 a engrangé une plus-value de 40%.

On serait en droit de penser qu’il existe une corrélation positive entre ces deux variables, et qu’une progression du cours des actions s’accompagne également d’une progression de l’épargne des ménages. C’est toutefois oublier qu’aux Etats-Unis, pays où 55% des ménages disposent d’un portefeuille d’actions, s’endetter pour acheter des actions est une pratique courante.

Pour se faire une idée du montant des opérations boursières faites à crédit aux Etats-Unis, les analystes ont l’habitude de s’intéresser à l’évolution de la dette de marge (« Margin debt »), une statistique mensuelle publiée par la FINRA (Financial Industry Regulatory Authority).

Sans rentrer dans des détails trop techniques, la dette de marge représente les montants empruntés par les clients des brokers pour réaliser à crédit des achats ou des ventes. Autrement dit, il s’agit des liquidités qui sont bloquées pour servir de garantie aux positions ouvertes. Le dernier chiffre publié fin juin indique un niveau de 596 milliards de dollars, soit 60% de l’épargne financière des ménages américains et 2,82% du PIB.

Le graphique ci-après montre l’évolution comparée de l’indice SP500 et de la « Margin debt ». Depuis 1995, le coefficient de corrélation entre ces deux séries se situe à 65%. Cela fait de ce ratio, un excellent indicateur du sentiment des spéculateurs américains. Une orientation haussière de la dette de marge est donc de nature à soutenir la hausse des actions américaines. Sa progression indique en effet que les spéculateurs sont optimistes, qu’ils pensent que la Bourse va continuer à progresser et qu’ils sont disposés à continuer à s’endetter pour acheter des actions.

Or que constate t’on depuis la correction des marchés fin 2018 ? Alors que le SP500 a réalisé un nouveau sommet, la dette de marge n’a pas rebondi et un gap s’est mis en place entre les deux courbes. Les spéculateurs américains ne semblent plus disposer à augmenter leur endettement pour acheter des actions, ce qui fragilise le mouvement de hausse initié en début d’année. Ce moindre optimisme de la part des spéculateurs vient renforcer les autres éléments que nous avons développés récemment concernant le scénario d’un bull market en fin de vie.

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