En début d’année, nous indiquions que le Dow Jones pouvait remonter jusqu’à 27000 points. Alors que l’indice vient de tutoyer ce seuil technique, il convient de s’interroger sur la continuité du mouvement haussier, d’autant que la performance sur les quatre premiers mois de l’année apparaît anormalement élevée par rapport à la moyenne historique et que le marché des actions entre dans une saisonnalité qui lui est moins bénéfique.

Souvent évoquée, la saisonnalité des marchés financiers n’est pas sans influer sur les comportements des investisseurs. Car contrairement à la célèbre citation humoristique de Mark Twain, il existe des mois favorables pour investir en Bourse, comme il en existe des plus défavorables. Si septembre est un mois particulièrement dangereux pour spéculer en Bourse, tous les autres mois ne sont pas logés à la même enseigne.

C’est ce qu’indique l’analyse historique de la performance mensuelle du Dow Jones que nous avons menée sur cent ans, de 1918 à 2018, et dont nous avons tiré le tableau des espérances de gain pour chacun des 12 mois (Cf. chart ci-après).

On y constate que le meilleur mois pour investir en actions américaines est le mois de novembre. Son espérance de gain de +1,68% est près de deux fois supérieure à la moyenne des douze mois de l’année. A l’opposé, avec une espérance de gain négative de -0,7%, septembre apparaît comme le mois le plus défavorable.

On constate également qu’à partir du mois d’avril, l’espérance de gain tend à diminuer pour atteindre un plus bas au mois de septembre, avant de se redresser et de repartir à la hausse. C’est sur cette apparente cyclicité qu’est fondé le célèbre adage boursier « Sell in may and go away ».

Depuis 1918, on constate que la période qui couvre juin à septembre est moins propice à l’achat d’actions que celle qui va d’octobre à mai, avec en moyenne, une espérance de gain de cette dernière sensiblement supérieure à celle de la première.

C’est en tout cas l’enseignement que l’on peut tirer de la simulation historique que nous avons réalisée. Nous avons comparé l’espérance de gain d’une stratégie qui consisterait à acheter chaque année l’indice Dow Jones fin septembre et le revendre fin mai de l’année suivante, avec une autre stratégie consistant à faire l’inverse, c’est-à-dire acheter fin mai et revendre fin septembre. Cette simulation a été faite sur une période de 1918 à 2018, sans réinvestissement des gains, hors dividende et sans prise en compte des frais de courtage.

La différence d’espérance de gain est particulièrement importante puisque pour la stratégie « octobre – mai » l’espérance se monte à +11,0% contre seulement +1,2% pour la stratégie « juin – septembre ». Toutefois, si l’on veut tenir compte du risque, la volatilité de la première stratégie est supérieure à la seconde stratégie, avec un niveau de 14,8% contre 10%. Néanmoins, avec un ratio de risque de 0,75 contre 0,12, le dicton « Sell in May and go away » apparaît tout à fait légitime d’un point de vue du couple rentabilité/risque. Nous pensons qu’un investisseur à long terme devrait pouvoir s’appuyer sur cette stratégie pour améliorer ses résultats.

Attention toutefois, car le dicton ne signifie pas que la tendance du marché va se retourner systématiquement au cours de la période « juin – septembre », mais qu’il faut davantage s’attendre à une consolidation du marché plutôt qu’à un bear market. De manière plus fine, l’analyse graphique montre qu’au cours de cette période, le marché évolue souvent en 3 phases : une première phase de baisse, puis une remontée que les gérants ont pris l’habitude de nommer « reprise estivale », et enfin une seconde phase de baisse qui atteint son paroxysme au mois de septembre.

D’un point de vue opérationnel, on peut constater que l’indice Dow Jones a commencé à donner des signes d’essoufflement. La résistance des 27000 points ne devrait pas être franchie dans l’immédiat sans une consolidation à court terme et un retour de l’indice à 25000 points. Il pourrait alors être judicieux, dans une optique de moyen terme, de prendre quelques bénéfices et de ne renforcer ses positions qu’à partir de fin septembre.

Bien entendu, on pourra nous rétorquer qu’il ne s’agit que de statistiques, et que le passé ne présage en rien de l’avenir. Nous répondrons par cette magnifique citation de Fernand Braudel : « Le présent n’est-il pas plus qu’à moitié la proie d’un passé obstiné à survivre et le passé, par ses règles, ses différences et ses ressemblances, la clé indispensable pour toute compréhension sérieuse du temps présent ? ».

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